Blabla·Indiscrétions

Blabla – L’argent et moi.

On le dit tabou dans nos campagnes, mais pour avoir observer le sujet dans d’autres pays, c’est pas plus simple d’en parler ailleurs. Il est très « années 80 », le cliché des américains qui parlent argent sans langue de bois, ils sont de plus en plus frileux à dévoiler quoi que ce soit à ce sujet. Je ne sais pas d’où vient cette gêne et concrètement, je m’en fou royalement. Si aujourd’hui, je viens parler argent sur le blog, je viens surtout évoquer mon rapport à l’argent et c’est pas plus simple, pour autant!

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D’abord, je n’en ai jamais manqué. Je ne suis pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche non plus. Je suis née dans les années 70, mes parents ont connu les célèbres Trente Glorieuses et j’ai donc été élevée avec des phrases du genre « De mon temps, on claquait la porte du patron et on embauchait sur le trottoir d’en face dans la demie-heure ». Mes deux parents sont issus de la classe ouvrière, mes grands-pères étaient ouvrier et mineur, et ma grand-mère maternelle était « journalière » dans la grande ferme de son village et quand mamie me racontait le rationnement, ça devait pas bien rigoler tous les jours. Mes parents ont su s’élever « socialement », ils sont même devenus commerçants à la capitale (imagine la gloire au village!) et on fait en sorte, que je ne manque de rien, sans être aussi gâtée voir pourrie que les enfants d’aujourd’hui (autre débat). Mais être un enfant d’après-guerre, ça laisse des traces et j’ai donc entendu toute mon enfance « il faut toujours garder une poire pour la soif », « si tu as 20 sous, tu en dépenses 19 et tu en mets un de coté »… Mes parents s’en sont bien tirés mais ils ont gardés toute la raison de leurs aïeuls. Et je crois que moi aussi.

J’étais étudiante quand je suis tombée enceinte et fait le choix de garder mon enfant. J’ai interrompu mes études et grâce à des connaissances, je suis rentrée dans la Fonction Publique Hospitalière, sans diplôme, catégorie C. Et j’ai dû très vite devenir autonome financièrement puisque j’ai élevé mon fils seule durant ses 10 premières années. Oui, j’ai eu peur des lendemains difficiles. Oui, j’ai mis de l’argent de coté « au cas où ». Oui, j’ai rempli les placards et le congélo quand les mois étaient moins durs. Oui, j’ai compté et recompté pour acheté des bottines à mon petit garçon. Oui, le macdo du mois que mon fils attendait impatiemment m’a couté quelques diètes au déjeuner (mais son sourire n’a jamais eu de prix). Oui, j’ai mis chaque euro de mes primes de coté pendant des années. Mon fils a toujours eu à manger, des vêtements propres et tout ce qu’il avait besoin pour s’épanouir dans les limites du raisonnable. Et oui, il y a eu des sacrifices à faire… Par exemple, nous ne sommes jamais partis en vacances tous les deux, sans l’aide (et donc avec) les grands parents, les dix premières années de sa vie. Je ne crois pas qu’il en soit traumatisé, au contraire, il en tire une complicité avec chacun de ses grands-parents qui est inestimable.

Et puis, j’ai passé des concours, je suis passée en catégorie B. J’ai passé d’autres concours et je suis devenue responsable de service administratif avec logement de fonction (à Paris, c’est un peu beaucoup du luxe) mais j’ai continué à faire attention, à garder ma poire pour la soif parce que quand tu es parent célibataire, tu sais que tu ne peux compter que sur toi. Il n’y a pas de second salaire. Le craquage pour une paire de chaussures ou pour un sac d’une centaine d’euros, il n’arrive jamais dans ces compositions familiales. Un sou est un sou. Et toi, en tant que parent solo, il faut que tu penses à tout. Il faut penser aux factures d’aujourd’hui mais aux études de demain aussi, alors tu gardes ton vieux sac à main mais tu t’endors l’esprit tranquille: Tout ira bien.

Parce que c’est un peu ça l’argent, en avoir suffisamment pour ne pas qu’il devienne un problème.

Et puis, j’ai rencontré mon mari. Un compte de fée et sur le papier, c’est vrai que ça fait rêver. Moi, mère célibataire, qui fait attention à tout pour ne jamais être trop à découvert, tout en s’arrachant les cheveux pour offrir l’entrée à Disney une fois par an à son gamin qui rencontre le bel Anglais, avec une bonne situation, qui ne parle pas un mot de français mais qui va faire de mon fils et moi, sa famille. Alors oui, on a vécut des choses que l’on aurait jamais pu vivre sans John mais mon rapport à l’argent, lui n’a pas changé. J’étais indépendante financièrement avant lui, je l’ai été avec lui et je le suis tout autant depuis lui. Je ne me suis pas mise à manger du caviar au petit déjeuner et j’ai surtout fait très attention à ce que mon fils non plus. Malgré une vie diamétralement opposée, nous avons gardé les pieds sur terre et tant mieux, puisque le conte de fée, n’a pas duré toute une vie, lui.

C’est difficile de changer de vie, passer d’un statut précaire à l’opulence c’est compliqué mais on s’y fait (sans blague?) mais passer de l’opulence à la précarité… et bien, c’est le prix de la liberté, dirons-nous.

J’ai recommencé à économiser, un remettre un sou de coté et j’ai même pris un crédit sur 15 ans pour devenir propriétaire. Le truc impensable, il y a 10 ans, je n’ai jamais rien acheté à crédit de ma vie, même ma voiture je l’ai économisé avant de l’acheter. Je déteste l’idée de devoir de l’argent. Aujourd’hui, je vis en couple avec un ingénieur qui gagne deux fois et demi mon salaire mais lui a un rapport à l’argent bien différent du mien, il ne sait pas économiser et n’a donc pas un centime d’euro devant lui. Parfois je me demande comment fait-il pour s’endormir, lui n’est pas papa, personne ne dépend de lui, peut-être que c’est un point non négligeable à prendre en considération.

Depuis quelques mois, j’ai arrêté de fumer et j’admets bien volontiers que l’aspect financier n’était pas négligeable dans cette décision. J’ai cru que j’allais pouvoir économiser plus, m’offrir un extra de temps en temps ou un beau voyage dans un an… Et bien pas du tout, pour la première fois depuis que je suis maman, je prends plaisir à me faire plaisir et cet argent que j’aurais pu économiser au cas où, je le dépense à mon plaisir. C’est nouveau pour moi et assez déstabilisant finalement, surtout que si j’ai apprécié les premières semaines, j’ai l’impression d’être devenue « dépensière » (et ce mot dans ma bouche n’est pas un compliment). Alors voilà pourquoi j’ai écrit cet article parce qu’un peu comme pour l’alimentation, il me faut passer par un rééquilibrage je crois que je vais devoir faire la même chose pour mon budget. Certes, je me suis fait plaisir mais rien qui, quelques semaines plus tard, me laisse un souvenir impérissable et ça, ça me gêne, je consomme pour palier la frustration de l’arrêt du tabac, je crois. Alors un peu comme une junkie, je vais tenir un journal des mes achats et une fois par mois, je ferais le bilan sur le blog de ce que je me suis offert. A l’heure où j’écris ce billet, on est mi janvier et la liste de mes achats sur ce mois est déjà impressionnante, j’espère que ça m’aidera à retrouver un comportement sain face à mes dépenses compulsives!

 

9 commentaires sur “Blabla – L’argent et moi.

  1. Ah on argent, vaste sujet.
    Je pense avoir eu la même enfance que toi, un père salarié dans une imprimerie et une maman instit. On a jamais manqué de rien, on partait en vacances été comme hiver souvent dans des endroits très simples mais ce n’était pas l’opulence.
    Je n’ai jamais réclamé plus que ça… j’apprenais à économiser mes anniversaires pour me payer ce qui me faisait envie.
    Quand j’ai commencé à travailler, j’etais conseillère financière en banque, voir la misère chez certains et cette peur de la saisie m’a vacciné encore plus ! J’economisais tout ce que je pouvais !
    Puis je suis entrée dans la Fonction Publique, la sécurité de l’emploi et donc du salaire me sécurise je le sais. Mais ma vision n’a pas changé.
    Mon problème c’est que j’ai terriblement de mal à me faire plaisir ! Je réfléchis à 2 fois avant d’acheter, je fais peu de shopping, j’economise mais parfois j’ai l’impression de ne pas profiter.
    On doit faire un voyage pour mes 40 ans en famille, destination lointaine, gros budget et j’arrive pas à franchir le cap… en plus de l’angoisse d’emmener tout le monde à l’autre bout du monde… je recule et finalement on ne fait rien alors que j’ai les moyens de le faire.
    Je suis compliquée à vivre.
    Bisous ma Kaki

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    1. C’est exactement ça, mais dans ma vie professionnelle je suis confrontée à tellement de drames, je sais à quel point tout peut s’arrêter très vite. Et malgré ça, je n’arrive pas à être plus légère, il faut « faire attention » mais ces derniers mois avec l’arrêt de la cigarette, j’ai pété un cable coté dépense et même si sur le coup ça a eu un effet euphorisant, il faut que ça cesse…
      Fais ton voyage, offre leur des souvenirs, Baptiste en a encore plein les yeux de nos voyages au bout du monde 😉

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  2. Ton article me touche beaucoup beaucoup car j’ai tellement d’admiration pour les parents solo… C’est vrai que les enfants sont un moteur et que l’on se bat essentiellement pour eux, que leur sourire n’a pas de prix et que tout ce qui compte, c’est leur bonheur. Mais tu as aussi le droit de penser un peu à toi de temps en temps, c’est même nécessaire ! Ne culpabilise pas trop pour tes achats du mois dernier, on a tous nos périodes de faiblesse, le principal est d’en avoir conscience pour pouvoir inverser la courbe et repartir sur une meilleure base 🙂

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  3. Coucou… Enfant, mes parents ne roulaient pas sur l’or (papa mineur, maman ne travaillait pas), mais je n’ai jamais, oh grand jamais, manqué de rien. On vivait simplement… Aujourd’hui, j’ai (la chance? ou pas? autre débat !) un train de vie supérieur à celui que j’ai connu, et la chance de ne pas avoir à compter, mais malgré tout, on compte, on essaye d’être raisonnable, mais aussi de se faire plaisir. Il n’empêche : je suis incapable de faire de gros craquages (pour m’acheter un truc à plus de 100€, j’y réfléchis pendant longtemps… je ne sais pas à quoi c’est dû, mais c’est mieux ainsi au final 🙂
    J’admire les mamans, comme toi, qui ont réussi à élever leur(s) enfants seule(s) et pour ça, tu peux être fière… et maintenant, profite ! Fais toi plaisir, on n’a qu’une vie, comme on dit… Peu à peu, avec les aléas que la vie nous réserve, j’ai appris aussi à me dire qu’il faut aussi savoir, quand on le peut, se faire plaisir ! Parce qu’après, il sera trop tard et on vivra avec des regrets… Perso, je rêve d’accomplir certains voyages que mes parents n’ont pas pu s’offrir, je n’ai certes manqué de rien, mais ce genre de choses,, voyages/vacances, on n’en a pas goûté les joies…Bisous et bon rétablissement

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    1. Alors bon, je l’ai élevé seul entre sa naissance et ses 10 ans, après j’ai été bien soutenu par un super beau-père, rendons à César… 😉
      Je commence doucement à me défaire de cette éducation beaucoup trop stricte à mon sens sur l’argent. Mes grand- parents ont tellement manqué qu’ils ont transmis à mes parents le devoir d’économiser et eux me l’ont transmis mais maintenant mon fils est grand, je ne suis plus seule et il faut que j’en profite aujourd’hui… Je sais tellement que tout peut s’arreter demain…
      Et toi, il FAUT que tu fasses ce voyage! 😉

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  4. Très intéressant cet article. Je n’ai pas d’enfants et je suis passée d’étudiante boursière à tout compter à salariée avec un salaire pas foufou mais un salaire quand même. J’ai eu du mal pendant un temps à me réguler vis à vis de « tout » cet argent que j’avais désormais. J’ai beaucoup dépensé, jamais plus que ce que je gagnais mais je n’arrivais plus à mettre suffisamment de côté selon moi. Je n’étais pas fière du tout d’être devenue dépensière et ça m’a fait peur. J’ai bien diminué mes dépenses et je suis contente de moi quand je mets de côté. D’autant que dernièrement j’ai du aider mon père et heureusement que j’avais cet argent là. Typiquement il n’a aucun argent de côté, des prêts à la consommation qu’il ne peut pas honorer et ça le rend très vulnérable. M’enfin c’est une autre histoire.
    Tu es dans une dynamique totalement différente. Tu as raison de te récompenser pour cet effort d’arrêter la cigarette et si c’est comme pour moi, ça ne sera que passager et puis même si ça ne l’est pas, je suis sûre que tu es quelqu’un de raisonnable. En tout cas ce journal d’achat, y fait penser 😊
    Merci encore pour cet article !
    Bises.

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    1. Wahou c’est tout à ton honneur d’avoir pu aider ton papa et surtout de l’avoir fait, on voit tellement d’enfant se détourner de leurs parents que ça fait chaud au coeur.
      Oui, après pour toutes mes dépenses de ces dernières semaines, ca m’a fait peur car ce n’est pas dans mes habitudes mais tout va bien vite rentrer dans l’ordre 😉

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